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VISAGE CONNU ET MOINS CONNU DU PLACEBO

VISAGE CONNU ET MOINS CONNU DU PLACEBO[1]

Visage connu… que celui de cette substance absolument neutre qui réussirait, chez le patient qui en ignore la véritable nature, à mettre en mouvement des « forces internes de guérison ». Elle mobilise chercheurs, médecins, statisticiens qui tentent d’en comprendre les mystères cachés et ce qui s’en insinue dans l’expérimentation.

Cette « série entassée de mécanismes baroques non contrôlés» pose question et se heurte au champ de la psychiatrie…Classifications DSM et effets visibles des substances expérimentées, et passées à l’épreuve de l’expérience clinique, sont là pour en révéler des aspects des plus dérangeants.

 

Visage connu… : au cœur du problème : la relation.

Relation avec le monde…relation avec le soignant… : l’« effet placebo » implique toujours la relation.

La « magie » issue du passé imprègne encore le présent et s’insinue à la fois dans l’insaisissable du lien au « soignant », et dans ce qui veut s’en soustraire…L’action pharmacologique du médicament est insuffisante pour rendre compte de ce qui se passe en pratique clinique.

La relation à l’autre qui observe, intervient, et (ou) soigne, mobilise des forces inconnues. L’émotionnel est ici toujours au rendez vous…La peur refoulée de l’ « irrationnel », confondu avec l’inexpliqué parait prégnante, excessive !

Vouloir tirer des conclusions à partir de groupes de patients qui ne seront jamais absolument semblables, dérange le « double aveugle » et pose le problème de l’expérimentation clinique des médicaments homéopathiques. Il existe une dimension qui, imprègne tout geste de « soignant » et ce qui se passe dans la neutralité apparente de l’expérimentation.

Le médecin se retrouve seul. Même s’il refuse l’irrationnel, il mettra toujours en acte ses convictions et de ses croyances. Elles interviendront dans l’espace de l’« effet placebo ».

Ainsi cette substance pharmacologiquement neutre, qui « guérit » alors qu’elle ne contiendrait rien d’autre que du symbolique ou de l’imaginaire, mettrait en mouvement un effet des plus étonnants. La question est donc de savoir à quoi les effets thérapeutiques du « placebo » sont véritablement imputables.

Visage moins connu…le passé est au rendez vous …

Le placebo est, par sa dénomination même, marqué par son origine et par l’atmosphère imprégnée de mort et du « religieux » qui a entouré sa naissance. Si pour la médecine pasteurienne du 19ème siècle, tout est contenu et se comprend au travers de la « matière », le placebo vient relancer le débat. Il remet en question une vision univoque qui consisterait à donner à la seule matérialité de la substance, son rôle curateur :

Le lien au thérapeute et le rituel qui entoure tout acte « thérapeutique » qu’il soit médical, ethnoculturel, ou psychanalytique sont obligatoirement interrogés ici. L’irrationnel incontournable se voit à l’œuvre, et sur plusieurs plans.

L’ « effet placebo » : le résultat biochimique d’une suggestion intervenant dans le symbolique? La question peut se poser.

Le problème non réglé de l’étiologie des désordres observés, infiltre subtilement ici, bien des composantes de la thérapeutique et de l’« effet placebo » qui lui est lié. Cela contribue à compliquer son aspect difficilement cernable et apparemment irrationnel.

Ce qui émane de la culture et infiltre l’ « effet placebo » pose un autre problème : la culture fait-elle naître les troubles mentaux, ou organise-t-elle seulement leur forme? L’ethnopsychiatrie s’interroge sur l'impact thérapeutique des classifications actuelles empreintes de la culture où elles ont vu le jour.

Quelle que soit l’approche utilisée, l’ « effet placebo » est donc, finalement toujours présent… Il ne cesse de jouer un rôle dans le « double aveugle », ce qui remet en cause le réalisme de la notion d’objectivité qui y est attachée.

Visage peu connu…un visage autre…

S’arrêter là, pose problème… et nécessite de se placer dans une autre perspective où interviennent des niveaux d’action les uns spécifiques, les autres non spécifiques.

 

Si l’on se place dans le registre du « biologique » :

- La méthode allopathique a un effet spécifiquement lié à l’action du médicament, à peu de choses près constante et reproductible. Il traite la maladie en intervenant sur les symptômes, ou sur les modifications de régulation métabolique. Les produits utilisés dans certaines thérapies dites traditionnelles ou ethniques, et qui ont des effets peu codifiés et souvent mal connus, rentrent dans cette catégorie là.

- La méthode homéopathique a, elle aussi, un effet spécifiquement lié à l’action du médicament, mais avec une particularité : celui-ci cible le sujet de manière différente.

Son effet sur l’organisme est, au même titre que le précédent, repérable sur certains points par des procédés classiques, biologie etc. Elle voit son action singulière conférée par la façon dont l’organisme traite l’information qui lui est délivrée sur différents niveaux, et en fonction de certaines modalités précises. Elle traite le sujet aux prises avec sa maladie.

La pathogénésie[2]du médicament proposée, en offrant à l’organisme une forme d’image virtuelle du trouble qui l’affecte, lui donne, par sa forme diluée et dynamisée, le moyen d’en intégrer les effets « informants », de manière personnelle, et en fonction de son état du moment.

- La substance neutre que représente le placebo a, quant à elle, un effet qui n’est pas lié à la nature du produit utilisé ou à son introduction dans l’organisme mais à son impact symbolique et imaginaire, avec la manière dont le sujet va l’investir de sa subjectivité.

 

Si l’on se place dans le registre de l’imaginaire et du symbolique :

La perspective différente introduite ici, complète ce qui entre en jeu dans l’ « effet placebo » inhérent à tout processus soignant. Tout médicament est toujours accompagné d’un effet supplémentaire, renforcé et éclairé par la parole.

Le médicament homéopathique pose ici, visiblement problème : il fait partie des  médicaments intégrés dans la pharmacopée, mais son approche, elle aussi imaginairement et symboliquement investie, se voit pourtant cantonnée dans une place « inclassable », ce qui contribue à entretenir l’idée de « placebo » attachée à son mode d’action[3]. La consultation explore le mode d’être du sujet dans différents axes de son histoire et d’une manière particulière.

 

En se situant du coté du sujet, homéopathie, psychanalyse, thérapeutiques ont leur mot à dire pour éclairer l’ « effet placebo » inhérent à tout processus soignant…Deux pôles d’intervention du « soin » semblent émerger ici : le premier utilise une méthodologie dont l’utilisation se fait de manière très adaptée au sujet qui en mobilise de manière personnelle les effets, en fonction de la singularité de son histoire[4] : c’est le cas de l’homéopathie, de certaines approches « ethniques ou culturelles », de la psychanalyse et de certaines « psychothérapies ». Le second intervient avec une méthodologie moins particulière au sujet et d’impact plus général : c’est le cas des thérapies avec prescription de médicaments, de certains types de thérapies de groupe avec invigoration, de certaines thérapies culturelles, de celles basées sur un rituel culturel, y compris celui de la prise d’un médicament. Si l’abord reste singulier, le contenu de l’inconscient n’est pas exploré.

 

Visage peu connu…le passé  est encore présent…

L’homéopathie hérite d’une lourde charge… celle du « pharmakon-pharmakos », et celle du placebo…

Pharmakon : poison pour la pensée qu’il ose perturber, avant de se constituer comme breuvage inquiétant pour le corps. Le « pharmakon » médicament porte à la fois le « remède » et le mal.

La dualité séparatrice qui a mené à bien distinguer poison et remède, âme et corps, soma et psyché, intervient ici pour conditionner la pensée.

 

« Pharmakos » désigne sans les distinguer, « l’empoisonneur[5], le magicien, le scélérat, le misérable », mais aussi, « celui qui sert de remède et de préservatif […] celui qui, sert de ‘remède ou de protection en expiation des fautes d’un autre, notamment d’une ville’ »,  puisqu’il est considéré comme porteur de tout le mal de la cité, mais aussi, capable de l’en débarrasser.

Concentration en un même lieu, « du mal et de son remède », il illustre le pharmakon tel qu’il était à l’origine et sous sa première forme, avant que le sacré ne soit séparé du profane et le poison du médicament. Il le montre de manière symbolique, au travers du rite qui y est lié. Vestige de ce pharmakon des origines, le pharmakos désigne le remède dans son essence même. Le rite du Pharmakos en est la matérialisation et la désignation symbolique.

Le terme de « Pharmakon », qui désigne une « substance au moyen de laquelle on altère la nature d’un corps », comporte en effet une forme d’ambiguïté par ce qui est impliqué par le terme d’ « altérer ». Au delà de la vertu curative, celle altérante est inscrite en filigrane et laisse comme les traces d’un poison…Il représente « toute drogue salutaire ou malfaisante…drogue médicinale, médicament, poison funeste, dévorant, meurtrier, mortel, préparation magique… teinture, fard ». Il cache et parfois camoufle…Il est aussi le « moyen d’assurer le salut ».Peut-être amène-t-il, par le biais des transformations inhérentes à la maladie et à ce qu’il provoque par lui-même, à réfléchir ?...

Il se retrouve donc entouré de ces deux significations liées à sa préparation : l’une illustre un aspect matériel, l’autre un plan symbolique. Elles en sont en quelque sorte, toutes deux la représentation ; l’une, première - le pharmakos remède ; l’autre, émergeant dès lors que le sacré est expulsé de toute démarche thérapeutique, le pharmakon médicament».

 

Le rite du Pharmakos mérite ici un détour et impose réflexion.

En effet, lorsque la Cité était « malade » ou lors des fêtes du printemps, un rite de purification consistait à faire déambuler dans les artères du Corps de la cité, un pauvre hère payé et parfois engraissé pour cela, ou encore un infirme. Il était battu avec des plantes vivaces pour qu’il ne puisse jamais se reproduire, les citoyens pouvaient aller le toucher pour se débarrasser de leurs « miasmes » et, au coucher du soleil, il était expulsé hors du Corps de la Cité, puis soit chassé, soit brulé, soit tué. La purification était ainsi faite, puisqu’il avait pour particularité de désigner à la fois « le mal et son remède, de payer pour les autres, d’expier pour leurs fautes ». Le lendemain était un jour de fête puisque la Cité recommençait un nouveau cycle, pouvait se régénérer et retrouver sa santé !

Etrange analogie avec le remède homéopathique…

 

Tout semble se passer comme si, par le rite qu’il mettait en acte, le Pharmakos se devait de garder intact son sens premier oublié, dès lors que le sacré s’est séparé du profane et le poison, du médicament.

 

Est ainsi soulevé, au travers de l’analogie qui saute ici aux yeux entre le rite du Pharmakos et la définition qui en est donnée, le problème de savoir si, au travers du remède homéopathique et de la discipline hahnemannienne, n’est pas remise ici en lumière une connaissance plus ancienne dont persistent, dans les blancs du message véhiculé, les vestiges vivaces et le potentiel vivant. La question peut se poser.

 

Visage encore peu connu : l’ « effet placebo » reflète le présent.

L’homéopathie est-elle porteuse de cette connotation du passé à multiples niveaux?

« Placebo » constitue le premier mot des Vêpres des morts. Des « petites gens » étaient payées pour chanter placebo et manifester leur chagrin…Duperie, supercherie, mensonge…Le placebo est un « médicament » donné pour « faire plaisir » au patient.

Sa connotation négative persiste dans la mémoire, enrichie de toute la connaissance inconsciente de tout ce qui y est lié…Elle marque toute la pensée actuelle et génère des fermetures qui, souvent systématiques, sont susceptibles pourtant de gêner la progression au sein de la Recherche et de la pensée scientifique elle-même, alors même que l’homéopathie inscrit ses principes dans les Lois du vivant.

 

Mais peut-être, est-ce déjà son mérite, elle qui y est toujours assimilée, que de faire réfléchir sur ce placebo, sur sa teneur, son rôle effectif et  son essence véritable  avec ce qui, inhérent à tout processus thérapeutique, y est relié.

Penser, déjouer, les pièges des habitudes de pensée et des influences paralysantes… : le« placebo » y invite…Le mystère de ce qu’il porte en lui, fait réfléchir…

 

 

 

 

 



[1] Extrait du livre. « L’homéopathie face au placebo » Geneviève Ziegel. Edition des entretiens internationaux de Monaco. Version téléchargeable .Numilog.

[2] Pathogénésie : mise en évidence des signes observés chez un sujet sain soumis à la prise d’une substance selon la méthode préconisée par Hahnemann.

[3]L’approche qu’il implique, ne rentre pas dans le cadre des psychothérapies, de la psychanalyse, ni  dans ce qui est regroupé dans les thérapies à connotation culturelle et ethnique.

[4] D’une manière analogique et un peu large, pourrait-on dire à la « manière d’un similimum ». En homéopathie le similimum est le médicament dont les symptômes pathogénétiques couvrent le maximum des symptômes du patient et le représentent dans sa nature profonde. Il  correspond le plus précisément à ce qu’il est sur le plan de ses signes mentaux et de sa structure psychologique. Le simile correspondant à des signes moins spécifiques, et à un mode réactionnel moins personnel lié à une situation donnée.

[5] Celui qui empoisonne, donc amène le mal, porte le mal, fait le mal (Dictionnaire Bailly)



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